L’Atelier Fertile

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L’Atelier Fertile est l’activité de Joris Danthon, formateur-consultant en permaculture proposant stages, séances de conseil pour projets permaculturels et livres.

Comment en êtes-vous venu à la permaculture ?

Joris : Je l’ai découverte par hasard en 2015 et ai été saisi par la pertinence de son approche, appropriable pour mener la transition écologique tant individuellement qu’à l’échelle territoriale – une vraie bouffée d’oxygène suite à des expériences décevantes dans les domaines de l’aménagement du territoire (la thématique du master que j’étais en train alors de terminer) et de la politique (j’arrivais au terme de deux ans d’implication militante dans un parti).

Pour la connaître j’ai enchaîné initiation, CCP, wwoofing, livres… puis implication à partir de l’été 2015 dans Permaculture 44, qui était alors un tout petit collectif.

Pouvez-vous nous parler d’un projet représentatif de votre activité permacole ?

Joris : Mon projet d’habitat, actuellement en cours de réalisation : on y trouve à la fois un travail de design (sur la rénovation d’une maison en pierre traditionnelle et l’aménagement d’un jardin), la tenue de chantiers participatifs, l’occasion de faire des vidéos pédagogiques (https://www.youtube.com/watch?v=VRd6ezifxT0) et des interactions avec mes voisins (phyto-épuration commune, projet de poulailler collectif…) – le lieu pourra enfin servir plus tard de support pour des formations.

Qu’est-ce que la permaculture a changé ou vous a apporté dans votre vie personnelle ou professionnelle ?

Joris : La conviction d’oeuvrer pour la vie même s’il m’arrive, comme tout le monde, de vivre des moments de doute, de fatigue et de difficulté. J’ai été marqué par le projet « Reverdir le Désert » (Greening The Desert) mené par Geoff Lawton en Jordanie : si nous pouvons régénérer même les déserts, c’est un grand espoir pour les prochaines décennies, pendant lesquelles nous subirons de façon grandissante le changement climatique et la déstabilisation de nos sociétés de par la raréfaction des ressources fossiles. 

Auriez-vous un conseil pour les personnes souhaitant démarrer un projet permacole ?

Joris : Je leur conseillerais de prendre le temps de formaliser la vision de leur projet (par une carte mentale, un dessin, un outil d’intelligence collective…) et d’en phaser les étapes : tout projet permaculturel prend du temps à se mettre en place, mieux vaut donc l’anticiper. Et ceci permet d’appliquer le principe fonctionnel « Créer une production » en prévoyant des micro-projets faciles et rapides à faire, pour avoir des réalisations concrètes au fil du temps : vital pour entretenir la motivation !

Dans les principes de la permaculture, quel est celui qui vous inspire le plus et pourquoi ?

Joris : « Intégrer plutôt que séparer » : il nous pousse à toujours chercher des façons inventives d’associer des éléments, de créer des synergies, à démultiplier les fonctions des espaces et des systèmes que l’on met en place. Son application au niveau de l’humain est aussi une piste prometteuse en même temps qu’un vrai défi !

Comment intégrez-vous l’approche permacole dans le fonctionnement de votre structure ?

Joris : J’essaye de faire au mieux pour appliquer la méthode de design et les principes dans son fonctionnement, pour illustrer ma démarche :

– le développement de l’activité se fait de façon progressive, avec un panel de formations qui est maintenant complet un an et demi après le lancement de l’Atelier Fertile (« privilégier des solutions lentes et à petites échelles »)


– je m’associe régulièrement avec d’autres acteurs – c’est particulièrement le cas sur les formations que j’organise, où je fais souvent appel à d’autres intervenants (dont les spécialités sont complémentaires avec les miennes) et à des hôtes dont les lieux sont adaptés à la thématique de la formation : des fermes pour les stages sur l’installation agricole par exemple (« intégrer plutôt que séparer »).

– les formations, les séances de conseil, les livres et les vidéos sont complémentaires pour répondre à mon public (« utiliser et valoriser la diversité »)


– l’application du processus de rétroaction : faire des bilans régulièrement pour estimer ce qui fonctionne ou non, réajuster et agrader en fonction – et toujours continuer à me former, à être attentif à de nouvelles approches et techniques lorsque j’en découvre- restreindre l’impact environnemental de mon activité, en proposant par exemple des séances de conseil à distance (lorsqu’un déplacement sur site n’est pas nécessaire, pour épargner des déplacements), en choisissant un imprimeur écologique pour mes livres auto-édités (avec labels Imprim’Vert et FSC), éviter les produits qui sont d’origine biologique mais dont le mode de production dégrade les écosystèmes (tourbe, lithotamne…) (« ne pas produire de déchet »).

Selon vous, quelles sont les difficultés et les leviers pour la diffusion de la permaculture ?

Joris : Une difficulté récurrente des porteurs de projets permaculturels est l’absence de confiance des acteurs institutionnels – ainsi dans le secteur agricole (domaine où la permaculture se développe le plus) rares sont les interlocuteurs au sein des Chambres d’Agriculture et SAFER (mais aussi au sein des banques et assurances, tout aussi important pour un projet d’installation) qui connaissent réellement la permaculture et la considèrent comme une approche crédible. Même au sein du monde de la bio, ce n’est encore le cas que d’une minorité. Les porteurs de projet rencontrent donc ici un sérieux frein et il leur faut faire preuve de tenacité, d’argumentation et de diplomatie pour le surmonter.

Une autre difficulté majeure est le besoin de formation et d’accompagnement pour les porteurs de projets, qui est grandissant et d’autant plus fort que l’on est souvent sur des projets complexes demandant un grand panel de compétences (agronomie, gestion, comptabilité, communication, droit, construction, etc.). L’offre de formation en permaculture (et autres approches complémentaires comme l’éco-construction) s’étoffe bien depuis quelques années mais il reste encore beaucoup à faire, et le manque d’offre de conseil et accompagnement est encore plus grand : bien des porteurs de projets ne savent ici pas vers quels acteurs se tourner. Sans compter la question du financement de la formation, du conseil et de l’accompagnement, qui est un problème récurrent.
Les deux difficultés que j’ai mentionné sont interconnectées – je pense qu’on ne trouvera une solution à grande échelle que lorsque des institutions locales auront fait un tournant dans leur paradigme et mettront les moyens nécessaires pour la transition écologique.


Un premier levier est la multiplication des lieux permaculturels, qui diffusent chacun la permaculture à l’échelle de leur territoire, sur le temps long – une dynamique qui se concrétise bien en Loire-Atlantique !
Un autre levier est l’appropriation de la permaculture par des politiques publiques, pour une application à plus grande échelle. Quelques collectivités pilotes montrent la voie, comme Ungersheim (https://www.mairie-ungersheim.fr/village-en-transition/) – en Loire-Atlantique, je vois un début de démarche en ce sens dans le cadre des PAT (plans alimentaires territoriaux) en cours d’écriture au niveau de Nantes Métropole et du Pays de Retz, pour lesquels Permaculture 44 a été consultée.

Plus d’informations sur : www.atelierfertile.com
L’Atelier Fertile, 19 avenue de Rome, 44300 NANTES
Joris DANTHON – 07 67 01 42 63 – contact@atelierfertile.com

ⓒ Photographies : Joris DANTHON


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