L’Arbre de Vie

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Reportage réalisé le 11 décembre 2019 par Maxime et Raphaëlle CAPLAIN-DAVID

L’Arbre de vie 44 est un collectif d’inspiration permacole initié en 2015 à Maumusson, à une quinzaine de kilomètres d’Ancenis. L’équipe du lieu nous a accueillis, puis Florence nous a présenté l’Arbre et la vie qui va autour.

Peux-tu nous présenter votre collectif ?

Parmi les six fondateurs, il y a d’abord les deux propriétaires d’origine de la maison, qui souhaitaient faire quelque chose de plus qu’une simple maison ou exploitation maraîchère. Ils ont eu l’idée de créer une structure dans laquelle les gens pourraient porter des projets et développer une forme d’éco-village. Il y a quatre ans, ils ont rencontré Ricard’, Jess, Julie et Olivier et ont décidé de fonder ensemble l’association. Jimmy et Katheline se sont ensuite joints au projet, puis je les ai rejoints.

Nous sommes d’Angers, de Grenoble, de région parisienne… et nous avons des parcours très différents : certains étaient dans le tourisme, moi j’étais ingénieur en génie industriel, Jess était administratrice des ventes, Aurélien horticulteur pépiniériste, un autre était conducteur de travaux et une autre peintre en bâtiment…

Comment es-tu venue à la permaculture ?

J’ai voulu trouver plus de sens dans mon travail. J’ai cherché à travailler dans des associations à Paris. J’ai vécu en Chine et je suis rentrée en France en voulant faire les choses différemment. Je me suis rendue compte qu’il fallait un réseau phénoménal pour pouvoir travailler dans les associations écologiques, sur Paris et en France. C’est un cercle extrêmement fermé. Je me suis alors dirigée vers d’autres choses, en me renseignant sur ce qui pouvait se faire en milieu alternatif, en allant à des conférences, des rencontres, etc. C’est comme ça que j’ai découvert la permaculture.

Lorsque je suis partie faire un tour de France des éco-lieux, dans tous les lieux que j’ai visités, la permaculture était le socle. Et c’est encore plus vrai ici, que ce soit au niveau humain, au niveau du jardin ou de l’organisation, c’est quelque chose vers lequel on tend. Je ne dirais pas qu’on l’applique réellement dans tous les aspects de notre vie mais on essaye. Je pense aussi qu’on en a une vision qui est modifiée par notre travail au jour le jour. Seuls les deux membres fondateurs du collectif ont effectivement suivi un CCP. Ils voulaient créer une association qui avait un lien avec le maraîchage et ont découvert la permaculture par ce biais. 

De quelle manière appliquez-vous la permaculture dans l’organisation de votre structure ?

Nous ne sommes pas des experts en permaculture mais on essaie de suivre le schéma du cycle vivant de la permaculture. Sur tout ce qui est organisationnel, on a des phases d’observation, d’analyse, de mise en oeuvre et d’évaluation. On essaie de fonctionner comme ça sur absolument tout. C’est au cœur de notre quotidien, c’est implicite. Je le vois un peu comme un système global dans lequel on essaie de s’insérer et vis-à-vis duquel on n’a pas de règles strictes. 

Parmi les principes de permaculture, lequel vous inspire le plus ?

Le respect du vivant et la cohabitation entre l’humain et le vivant. C’est une des raisons pour lesquelles nous sommes ici. Dans le monde actuel, on a tendance à vouloir modeler et exploiter le vivant pour qu’il corresponde à l’homme et en réalité on fait n’importe quoi. Parce qu’en détruisant le vivant de cette manière et en essayant de le rendre carré, on détruit ce qui fait sa beauté, sa diversité, sa personnalité. C’est ce qu’il faut montrer au plus grand nombre : que l’homme ne peut pas survivre sans la nature. L’homme fait partie de la nature. Il faut arriver à vivre en harmonie avec, à s’écouter, à écouter ce qui se passe autour de nous. A écouter la nature et voir comment elle réagit et comment on réagit. C’est se rapprocher de la base, de ce qui est essentiel. Pour moi, la permaculture c’est la base de la vie.
Dans notre société, on s’oublie, on oublie qui on est, ce qu’on veut, on oublie d’écouter nos besoins. On a mal partout. On a mal parce qu’on n’arrive pas à exprimer ce qui ne va pas, parce qu’il y a énormément de choses qui restent ancrées en nous et qui ne sont pas divulguées. La permaculture aborde énormément de choses, y compris la communication non-violente.

Quelles sont vos activités sur le lieu et quel exemple de projet permacole avez-vous eu dernièrement ?

Au départ il y a l’activité d’Aurélien, qui est maraîcher en permaculture. Ça nous permet de vendre nos légumes au point de vente et de faire de la transformation, des confitures, des conserves, etc. Ensuite il y a une deuxième activité qui se dessine, celle de Julie, qui, d’ici un an et demi à 2 ans, va agneler ses 14 brebis pour pouvoir faire du lait et du fromage. De mon côté, je fais de l’épicerie avec les plantes du jardin et des repas événementiels. Par exemple, on a la Visite Mensuelle, pendant laquelle on reçoit 15 à 30 personnes. Ensuite, Jimmy lance une plantation d’arbres fruitiers à coques (noisetiers, amandiers…). Jess va suivre une formation en cosmétologie pour faire des cosmétiques naturels avec la production du jardin, Olivier teste la production d’alcools locaux, hydromel, vin de pissenlit… et Ricard’ va brasser de la bière. Voilà pour les activités développées au sein de l’association.

Concernant les projets, on peut parler de la révision de notre rescrit fiscal par exemple. On a énormément de problématiques qui se dessinent : comment gérer la propriété des différents biens qui sont construits ici, dont la propriété de la maison, comment gérer par la suite les investissements dans les différents bâtiments, etc. Nous nous sommes réunis une première fois dans ce que j’appelle la « réunion vision ». On a pris une très grande feuille et on a essayé de noter toutes les choses qu’on voulait voir dans cette vision. Nous sommes partis du rêve pour aller vers le concret. On a fait un gros brainstorming : comment on voulait orienter les choses, dans quel sens, au niveau économique, au niveau construction, au niveau même des principes, etc. Et on va avoir une autre réunion dans les semaines à venir pour travailler ensemble là dessus, voir si ça correspond bien à tout ce qu’on a voulu mettre en place, pour ensuite pouvoir le présenter à une aide juridique, travailler dessus ensemble à nouveau, et puis faire évoluer à chaque fois.

De manière générale, lorsqu’on travaille sur quelque chose, on le couche sur papier ou on le met plus ou moins en place, ensuite on avance, on voit comment ça fonctionne, on modifie, etc. On s’est rendu compte que si on ne rendait pas les choses vivantes comme ça, notamment pour tous ces projets administratifs extrêmement insupportables, on laissait tomber et qu’il fallait toujours recommencer.

Un conseil pour ceux qui souhaitent se lancer dans un projet permacole ?

Pour un projet collectif comme celui-ci, je donnerai comme conseil de faire attention au PFH (Putain de Facteur Humain). C’est LE truc qui peut tout faire capoter. Il y a des gens qui viennent nous voir, qui vont commencer un projet, et qui ont déjà plein de classeurs, pleins de choses. Ils ont déjà tout fait, prévu toutes les lignes etc… mais ils n’ont pas encore vu ce que c’était de vivre ensemble. Et l’humain c’est tellement de facettes différentes ! Par exemple, l’hiver c’est une période difficile, il faut le savoir ! Quand on vit enfermés dans une maison avec plein de monde en hiver, ça ne va pas du tout être la même ambiance qu’en été. Des personnes vont avoir envie de se lever tard, d’autres vont se lever tôt. Certains vont travailler d’un seul coup, d’autres en faisant plein de pauses. Quelques-uns prennent énormément de temps à réfléchir sur un sujet quand d’autres vont très vite. 

En fait il y a tellement de facettes différentes qu’il faut absolument penser au PFH et mettre en place des outils, les faire évoluer sans arrêt pour voir s’ils sont utilisés. Parce que s’ils ne le sont pas, ce n’est pas bon du tout. Il faut sans arrêt réactualiser les choses pour qu’elles correspondent vraiment à tous et que ça évolue, sinon ça ne fonctionne pas. Il faut absolument mettre en place des outils, des « météos », des moments où on dit tout ce qu’on ressent, des moments où on met au centre uniquement l’humain et pas le projet, pas ce qu’il y a à faire mais ce que sont les gens et ce dont ils ont besoin.

Comment améliorer la diffusion de la permaculture au niveau du département ?

Il faut d’abord mettre les gens davantage en réseau. Ensuite pour aller plus loin, toucher des personnes qui n’ont jamais entendu ce mot. Je pense que la seule chose qui peut marcher c’est le local. Aller voir les mairies, organiser des réunions publiques, des projections de films, mais aussi se rattacher à des événements qui ne sont pas du tout en lien avec ça : la fête du village, le salon du tourisme local. C’est étrange, mais il n’empêche que c’est là qu’on va toucher des gens qui n’ont pas l’habitude du tout de ce type de possibilités.

Retrouvez toutes les activités et les rendez-vous proposés par L’Arbre de vie sur leur site et leur page Facebook.

ⓒ Photographies : Raphaëlle CAPLAIN-DAVID


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